Discours de la Présidente au Senegalese Business Awards
Mesdames, Messieurs, distingués invités, C’est un honneur de m’adresser à vous aujourd’hui aux Sénegalese Business Awards ici, à Casablanca. Nous sommes réunis pour explorer un thème d’une importance cruciale : L’entrepreneuriat féminin en Afrique et la transformation digitale : Enjeux et perspectives. Permettez-moi de commencer par une observation simple : les femmes africaines, et plus particulièrement les Sénégalaises, sont profondément familières avec la notion de transformation. Au Sénégal, nous parlons de la transformation des produits halieutiques comme le Guedj, le Yet, le Touffeu, ou encore de la transformation des produits agroalimentaires en jus et confitures. Je vous le dis d’emblée je déteste la notion d’activités génératrices de revenus ; un entrepreneur surtout une entrepreneure doit gagner suffisamment pour payer les charges, s’auto-salarier, investir et enfin dégager un bénéfice. Il faut vraiment être un fonctionnaire fustile de l’Etat ou des Nations-Unies pour prêter 5Omil ou 100mil francs CFA à ces braves femmes ? Une entrepreneure a besoin d’un réel accompagnement financier. Mais pas que. Alors, lorsqu’on parle aujourd’hui de transformation digitale, il s’agit de proposer une évolution : transformer non seulement les produits, mais aussi les méthodes de travail, de vente, et l’ensemble du mode d’être entrepreneure. Qu’est-ce qu’être entrepreneure au Sénégal ? C’est se lever chaque matin sans garantie de salaire et rentrer l’après-midi avec ce que l’on a pu gagner. Une réalité que de nombreuses femmes comprennent et vivent quotidiennement. Mais alors, quel impact la transformation digitale peut-elle réellement avoir dans leur quotidien ? Bien sûr, je caricature un peu. L’entrepreneure ne se limite pas à la vendeuse de Guerté Thiaff (arachides grillées). Elle inclut aussi des figures remarquables comme les cheffes de grandes entreprises, les médecins cheffes de cliniques, les avocates gestionnaires de leurs cabinets, les grandes coutiriéres comme Diouma Dieng Diakhaté, les notaires telles que Aîda Diagne Diawara et la next generation comme Néné Yaya ou encore Anta Babacar, dirigeante de Sedima. Là où son père a commencé une entreprise traditionnelle, Anta intègre aujourd’hui le digital à chaque niveau de l’activité, illustrant le potentiel de cette révolution technologique. Je suis persuadée que le digital lui a permis de télétravailleur à Sedima pendant sa campagne électorale. D’ailleurs combien d’entrepreneures profitent de leurs enfants à la maison en télé travaillant ? La transformation digitale se traduit par des réalités tangibles : autrefois, demander un extrait de naissance impliquait des files d’attente interminables. Aujourd’hui, grâce au numérique, un simple clic permet d’accéder aux documents instantanément. Pour les vendeuses de poisson, la digitalisation permet des paiements par Mobile Money peu importe la couleur, rouge, orange ou bleu, facilitant des transactions impensables il y a quelques années. Mais combien de temps faut-il pour que cette transformation impacte vraiment notre tissu économique ? La transformation est une dynamique, une avancée qui demande de prendre un état de fait et de l’améliorer. C’est un voyage, une quête constante. Laisser-moi partager une expérience personnelle. En 2005, alors que le Président Abdoulaye Wade parlait de cyber-cases, j’étais devant ma télé, songeuse. Ce qu’il décrivait, mon village en avait désespérément besoin. J’ai réuni des femmes et, avec l’aide de l’ADIE (actuel Sénégal Numérique), nous avons mis en place un espace numérique. Des femmes, souvent non alphabétisées, ont appris à utiliser l’ordinateur en wolof. Grâce à des héroïnes comme Idalina Rodrigues et Assa Jeanne actuelle directrice des TIC, nous avons franchi le pas. Avons-nous transformé leur vie ? L’impact a-t-il été durable ? Voilà la question. Avons-nous proposé les outils dont elles avaient réellement besoin ou ceux que nous pensions utiles ? Je rends hommage à Mère Thiam, qui a tant fait pour amener des femmes à utiliser cette plateforme. Ensemble, nous avons rêvé de systèmes pour contrôler à distance les sols, l’humidité, et bien plus encore. Mais la transformation ne s’est pas achevée devant elle. Alors, quels horizons ouvrons-nous réellement pour ces femmes ? À quel moment pourrons-nous dire que l’entrepreneuriat féminin bénéficie pleinement de la révolution digitale ?